Outre les ravages sur les poumons, pouvez-vous nous rappeler les autres impacts du tabagisme sur l'organisme ?

Gaël Monballin : « Oui, le premier qui vient à l'esprit c'est le cancer du poumon car il y a notamment la photo d'un poumon noir sur les paquets mais en fumant on atteint davantage de parties du corps. »

« Il y a différents impacts qui vont de la bouche au rectum car la fumée de cigarette suit entre-autre le trajet de l’appareil digestif. Les goudrons sont éliminés par les voies urinaires où ils peuvent exercer leur potentiel cancérogène. La circulation du sang se voit altérée et les vaisseaux se modifient. »

Agnès Materne : « J'aimerais tout d'abord préciser que pour toute personne, malade ou pas, arrêter de fumer permet de retrouver la liberté. Quand on fume, la cigarette décide à notre place, elle dirige notre mental, nos sens et nos gestes. Personne ne fume dehors dans le froid par choix, c'est par obligation car c'est une addiction. »

« Concernant les ravages de la cigarette, il y a trois sphères de maladies directement liées au tabac : les maladies cancéreuses (du poumon, de la trachée, de la vessie...), les maladies pulmonaires (BPCO soit bronchopneumopathie chronique obstructive, emphysème...) et enfin les maladies cardiovasculaires. Ici il s'agit de facteurs de risques. Le tabac peut s'additionner au cholestérol, à l’hypertension ou au diabète. »

« Si une personne cumule ces quatre facteurs de risques, elle va prendre trois médicaments à vie. Grâce à l'arrêt de la cigarette et, bien entendu, à la reprise d'une activité physique régulière, le risque diminue de façon conséquente. »
 


 


Dr. Agnès Materne et Dr. Gaël Monballin, tabacologues au CAF André Renard.



Arrêter de fumer est donc essentiel pour toute personne malade même si sa pathologie n'est pas liée au tabac ?

A.M. : « Oui, l'efficacité des traitements quels qu'ils soient est plus importante. »

G.M. : « En effet, la pharmacocinétique, soit l'action du médicament sur la personne, est déstabilisée lorsque cette dernière fume. Un fumeur devra, par exemple, prendre plus d'antalgiques qu'un non-fumeur. »

Le tabagisme a différents impacts qui vont de la bouche au rectum car la fumée de cigarette suit le trajet de l’appareil digestif.

« La poursuite du tabagisme pendant la radiothérapie et/ou la chimiothérapie réduit considérablement l’efficacité de ces traitements. Je précise qu'on ne soigne pas le cancer en arrêtant de fumer mais cela améliore la qualité de vie du malade. »

« J'ai déjà vu des malades, dans des stades avancés, qui veulent se libérer du tabac pour améliorer leur fin de vie. Par exemple, limitée par la respiration, la personne va essayer de se réentraîner à marcher (accompagnée puis seule) et de définir un périmètre grandissant dès le jour de l’arrêt du tabac. »
 

Supprimer la cigarette est fortement conseillé dans le cadre d'une intervention chirurgicale. Pourquoi ?

G.M. : « Cela permet de réduire les risques péri-opératoires. 30 % de la population qui consulte un anesthésiste fume. C’est donc une patientèle qui nécessitera davantage de suivi dans le cadre de son opération. »

« Par exemple, l'encombrement des bronches lié à la cigarette peut entraîner une intubation prolongée. Pour une cicatrisation optimale, il faut également que le sang soit parfaitement oxygéné ce qui n'est pas le cas avec le tabac (sang partiellement chargé en monoxyde de carbone). »

« Ainsi, les bords des sutures peuvent lâcher (cicatrisation incomplète). Les conséquences peuvent être dramatiques notamment lors d'une intervention viscérale (sleeve) mais aussi esthétique (lifting). »



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