Docteur Youri Sokolow, Directeur de clinique dans le Service de chirurgie thoracique de l'Hôpital académique Erasme.


 

De quelles avancées majeures récentes le traitement du cancer du poumon a-t-il bénéficié ?

 

« Essentiellement de l’apparition de la chirurgie vidéo-assistée il y a une dizaine d’années. Au lieu d’ouvrir le thorax, on insère une petite caméra via des incisions pratiquées entre les côtes. On opère ainsi sous contrôle vidéo. »

« Autrement dit, alors qu’avant cela les côtes étaient ouvertes et écartées pour que les chirurgiens puissent travailler en vision directe, aujourd’hui, ils peuvent effectuer une ablation du poumon sans devoir ouvrir la cage thoracique. »

« Le poumon étant un organe qui peut se dégonfler, l’extraction se fait via l’une des incisions.
 

Outre l’aspect moins invasif, quelles sont les implications pour le patient ?

« Non seulement le patient a moins mal mais, en plus, le rétablissement est plus rapide. Le patient reprend une activité quasi normale après quelques semaines au lieu de plusieurs mois. »

« De plus, la chirurgie vidéo-assistée a permis de réduire de moitié les complications postopératoires, de type pneumonie par exemple. »
 

Comment se déroule la prise en charge des patients ?

« Le diagnostic est généralement posé par un médecin généraliste ou un pneumologue sur la base d’un scanner du thorax, qui a mis en évidence une tumeur. Attention : tumeur ne veut pas dire automatiquement cancer ; cela veut dire lésion arrondie. »

Avec 50 chirurgiens thoraciques en Belgique, le travail en réseau interhospitalier est indispensable.

« Puis, si le cancer est avéré, le pneumologue détermine, d’une part, si la maladie est localisée ou s’il y a des métastases, c’est-dire des lésions à distance, et, d’autre part, si le patient est à même de supporter une chimiothérapie, une radiothérapie ou une intervention chirurgicale - 20 % pourront bénéficier d'une chirurgie. »

 

« Enfin, vient la concertation multidisciplinaire oncologique. »
 

En quoi consiste cette concertation multidisciplinaire ?

« Il s’agit d’un lieu où se réunissent tous les intervenants dans le traitement du cancer. Ensemble, ils décident du meilleur traitement pour le patient : chimiothérapie, chirurgie, etc. »

« La concertation multidisciplinaire oncologique rassemble le pneumologue, le chirurgien thoracique, le radiothérapeute, l’oncologue, le radiologue - pour donner l’interprétation des résultats de l’imagerie - et l’anatomopathologiste - qui détermine l’histologie, la nature cellulaire réelle de la lésion. »

« En outre, une infirmière est également présente afin de coordonner la prise en charge du traitement. »
 

Au-delà de l’aspect multidisciplinaire, il y aussi la collaboration multicentres…

« Le cancer peut en effet être diagnostiqué dans un hôpital partenaire et les interventions chirurgicales avoir lieu par exemple à l’Hôpital Erasme. »

« Notre service de chirurgie thoracique travaille depuis de nombreuses années avec cette approche multicentres. Dans la mesure où la Belgique ne dispose que d’une cinquantaine de chirurgiens thoraciques, le travail en réseau interhospitalier favorise la prise en charge du patient. Ni la barrière linguistique ni les convictions religieuses n’entravent ce travail en réseau. »
 

La mise en place de toutes ces solutions a-t-elle permis d’améliorer la survie des patients…

« C’est certain ! Je l’ai vécu au travers de diverses expériences personnelles. Prenons un hôpital dans lequel il n’y a pas de radiothérapeute ou de chirurgien. La solution chirurgicale risque de ne pas être évoquée ou de l’être par des gens n’en ayant pas l’expérience. »

« Les concertations multidisciplinaires obligent l’ensemble des intervenants à être présents dans la même pièce pour discuter et offrir la meilleure solution thérapeutique au patient. »


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