• Traitements plus ciblés
  • Meilleure prise en charge de la SEP progressive
Prof. Vincent van Pesch, chef de clinique associé Saint-Luc neurologie

Que provoque la sclérose en plaques sur l’organisme ?

Vincent van Pesch : « La SEP est une maladie caractérisée par un dérèglement du système immunitaire et une hyperactivation de toute une série de mécanismes immunologiques et de cellules immunitaires pro-inflammatoires. Cette inflammation est dirigée spécifiquement vers le système nerveux central, c’est-à-dire le cerveau et la moelle épinière. En parallèle, un déficit des mécanismes qui visent à contrôler et à réguler cette inflammation provoque un dérèglement de la balance immunitaire naturelle du patient. »
 

Quel est le rôle des traitements immunologiques ?

V. v. P. : « Les traitements immunologiques visent à diminuer l’inflammation tout en stimulant la régulation du système immunitaire. Pour ce faire, ils suivent divers mécanismes d’action. Un de ces mécanismes, "cytotoxique", vise à détruire les cellules pro-inflammatoires afin d’éviter qu’elles ne migrent vers le cerveau et la moelle épinière et ne provoquent des dégâts. Un second mécanisme d’action vise à empêcher le passage de ces cellules inflammatoires vers le système nerveux central. Enfin, une série de médicaments immuno-modulateurs ont pour but de moduler le niveau d’activité des cellules immunitaires afin de calmer, d’inhiber l’inflammation ou l’hyperactivité des cellules immunitaires. »
 

Quel est le principal défi thérapeutique pour l’avenir ?

V. v .P. : « Pour l’instant, les traitements de la SEP agissent de manière très large sur tout le système immunitaire, avec le risque de le perturber à long terme. Le patient est donc confronté à de potentiels effets secondaires dont on ne connaît pas précisément la nocivité à long terme. L’un des principaux défis thérapeutiques est donc d’essayer de cibler davantage les mécanismes spécifiques à la maladie dans les futurs traitements de la SEP. »
 

Quel est le rôle de la Fondation Charcot dans cette recherche ?

V. v. P. : « La Fondation Charcot est l’un des seuls organismes qui finance de manière efficace la recherche fondamentale en SEP en Belgique. Elle représente un support essentiel pour toutes les institutions académiques du pays parce qu’elle permet aux équipes de chercheurs de mener leurs projets à bien. La Fondation soutient spécifiquement la recherche fondamentale, c’est-à-dire la connaissance de la physiopathologie de la maladie, qui permet de découvrir des voies thérapeutiques à développer ultérieurement. »

Prof. Nathalie Cools, UA

En quoi consiste l’approche immunologique des traitements de la sclérose en plaques ?

Nathalie Cools : « Il existe actuellement une douzaine de molécules différentes pour traiter la sclérose en plaques et toutes, ou presque, sont à caractère immunologique. L’immunologie représente donc un élément clé du traitement de la SEP. Les médicaments consistent notamment à stimuler certaines cellules nerveuses ou encore à endormir certaines fonctions du système immunitaire qui, dysfonctionnelles, s’en prennent au système nerveux. »
 

Quels sont les défis pour l’avenir de ce type de traitements ?

N. C. : « Les traitements actuels visent principalement les formes récurrentes rémittentes de SEP et peu d’entre eux se concentrent sur les formes progressives de la maladie. Récemment, un premier produit avec des effets visibles sur la forme progressive a vu le jour sur le marché. Mais ce type de traitement est trop rare et il faudrait trouver de nouveaux médicaments ayant un effet positif sur cette phase avancée de la maladie. »
 

Pourquoi est-il plus difficile de traiter ces formes-là de SEP ?

N. C. : « Dans le cas d’une forme récurrente rémittente, l’inflammation est importante, ce qui rend la barrière hémato-encéphalique perméable et tolérante aux traitements. Les médicaments sont donc plus effectifs car ils peuvent atteindre leur cible plus facilement que dans le cas des formes progressives, pour lesquelles l’inflammation est moins importante. »
 

Quel rôle la Fondation Charcot joue-t-elle dans la recherche ?

N. C. : « Notre recherche a été sponsorisée par la Fondation Charcot, qui représente un soutien financier indispensable afin de poursuivre nos activités. L’objet de notre recherche est d’utiliser des propres cellules du patient pour le traiter au moyen de la thérapie cellulaire. Notre but est de déterminer s’il est possible de rééduquer le système immunitaire déréglé dans le cadre de la SEP, par des lymphocytes T régulateurs. Nous en sommes actuellement aux essais cliniques, que nous espérons fructueux afin, à plus long terme, de permettre un éventuel blocage de l’évolution de la maladie. »