Explications par le professeur Vincent Geenen.
 

L’immunité comprend deux bras intimement connectés : l’immunité naturelle (ou innée) et l’immunité adaptative (ou acquise). Cette dernière repose sur deux types de globules blancs du sang : les lymphocytes B, producteurs d’anticorps, qui se développent dans la moelle osseuse puis dans les ganglions lymphatiques, et les lymphocytes T originaires du thymus, un organe situé derrière le sternum qui fut longtemps considéré comme un vestige de l’évolution. Malgré l’existence d’immunodéficiences congénitales et génétiques assez rares, c’est l’émergence du syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA) d’origine virale (HIV) dans les années 80 qui a permis au grand public de comprendre l’importance vitale du système immunitaire et de l’immunologie comme l’un des langages majeurs de la médecine.
 

Diversité, mémoire, tolérance et auto-immunité

 

En Europe, les maladies auto-immunes affectent 9 % de la population et leur incidence croît de 19 % par an.

 

Dès la fondation de l’immunologie à la fin du 19e siècle, les scientifiques ont été confrontés à une question cruciale : comment notre système immunitaire, capable de réagir contre une multitude d’agents étrangers (le « non-soi »), est-il incapable, en conditions normales, d’agresser l’organisme qui l’héberge (le « soi ») ? Cette impossibilité du système immunitaire de réagir contre le « soi » s’appelle la tolérance, et elle est devenue, avec la diversité et la mémoire, l’une des pierres angulaires du fonctionnement normal du système immunitaire. Un défaut - génétique ou acquis - de la tolérance immunitaire vis-à-vis du « soi » est à l’origine d’un nombre important (± 70) de maladies dites auto-immunes.
 

Des facteurs extérieurs

Les plus connues sont le diabète juvénile insulino-dépendant (ou de type 1), la plupart des affections non cancéreuses de la thyroïde, la sclérose en plaques, la polyarthrite rhumatoïde, la maladie cœliaque, le psoriasis et le lupus. En Europe, les maladies auto-immunes affectent 9 % de la population et leur incidence croît de 19 % par an. Si ces maladies ne sont pas mortelles en soi, elles s’accompagnent d’un handicap de vie sévère et d’une morbidité élevée due à leurs complications secondaires. L’apparition des maladies auto-immunes dépend aussi de facteurs extérieurs : virus, stéroïdes sexuels, perturbateurs endocrines, microbiote intestinal, régime alimentaire, déficience en vitamine D et stress.
 

Les victoires de l’immunologie

En matière de traitements, les progrès en immunologie sont aussi à la base des plus grands succès, tant en médecine préventive avec les vaccins anti-infectieux, qu’en médecine curative avec l’introduction de nombreux anticorps monoclonaux utilisés en immunothérapie anti-inflammatoire et anti-cancéreuse (thérapies « ciblées » dirigées contre des antigènes tumoraux). Les traitements immunosuppressifs ont aussi permis les immenses progrès de la transplantation d’organes avec le contrôle du rejet des greffes par le système immunitaire.