Quelles études avez-vous faites ?

J. G. : « Après mes secondaires, j’ai fait une année spéciale maths. J’ai toujours été matheux. Devenir prof pour communiquer à d’autres mon amour de cette science aurait été un plaisir. Mais je n’appréciais pas le style de cours à l’université ; je me suis alors orienté vers les technologies de l’informatique à l’Ephec, à Louvain-la-Neuve. J’ai obtenu mon diplôme en quatre ans, en étalant une année sur deux pour me concentrer sur le tennis et pouvoir participer aux Jeux à Londres en 2012. »

Quels ont été les grands moments de votre parcours sportif ?

J. G. : « Cela a commencé presque tout de suite par une victoire, ce qui est un peu bizarre. En 2005, à mes 17 ans, Mike Denayer (avec qui j’ai fait mes tennis-études), et moi-même, avons participé à notre 2e coupe du monde par équipe. Lors de cette épreuve, qui est l’équivalent de la Coupe Davis ou de la Fed Cup pour les dames, nous avons gagné haut la main. Nous avons reconduit notre titre en 2006. Cela m’a montré de quoi j’étais capable. Mes tennis-études m’ont encore permis d’évoluer et de passer dans le tableau principal ; jusqu’en 2005, je ne jouais qu’en second tableau. Je me suis alors dit que j’avais un potentiel pour faire de grandes choses. »

Vous avez alors participé aux Jeux Paralympiques…

J. G. : « … Oui, mes premiers Jeux, c’était en 2008. Mais j’ai dû attendre 2013, ma meilleure année tennistique, pour devenir n°3 mondial. Cette année-là, j’ai obtenu mon diplôme et fait du tennis mon métier à temps plein. Depuis lors, j’ai eu la chance de participer à plusieurs tops mondiaux, grands chelems et autres tournois à travers le monde. Depuis un an, je m’accroche à la place de n°2 mondial. Du côté des résultats, il y a eu une victoire aux Masters en 2015, la médaille de bronze aux Jeux Paralympiques de Rio en 2016, la reconduite de mon titre aux Masters en 2016, une finale perdue en simple l’an passé et une victoire en double cette année à l’Open d’Australie. »

Où avez-vous puisé l’énergie pour atteindre des résultats aussi incroyables ?

J. G. : « J’ai la chance de pouvoir faire de mon sport et de ma passion mon métier. Cela me donne envie de m’y mettre à fond. D’autant plus lorsque je reçois des messages de gens, notamment via les réseaux sociaux, qui croient en moi, qui croient en l’athlète qui peut faire des résultats et représenter son pays dans son sport. C’est un grand honneur pour moi ! Chaque jour, je m’entraîne plusieurs heures, je fais attention à ce que je mange, je me prépare mentalement. Je suis entouré d’une équipe de cinq personnes en qui j’ai entièrement confiance : mon manager, mon coach tennis, mon coach physique, mon coach mental et mon kiné. Ces personnes sont tous les jours avec moi pour atteindre la plus haute marche du podium. »

Sans oublier votre entourage familial…

J. G. : « … Oui, bien évidemment ! Ce sont mes premiers supporters. Ils m’ont d’abord supporté en me disant que j’étais capable d’arriver à quelque chose. Ils ne voyagent pas tout le temps avec moi, mais dès qu’ils en ont l’opportunité, plusieurs fois par an, ils viennent sur les tournois pour m’encourager. Cela me fait énormément plaisir. Je suis très famille ! Sans eux, je ne serais pas arrivé là où j’en suis. Ils ont fait des sacrifices énormes à mes yeux. Je ne les remercierai jamais assez. »

Avez-vous déjà pensé à l’après-carrière de joueur professionnel ?

J. G. : « J’aimerais bien toucher un autre sport, mais je souhaite que ma carrière tennistique puisse encore durer huit à douze ans. Jusqu’à 35 ans, dans notre sport, il y a moyen d’être dans le top mondial. L’après-carrière tennistique, j’essaie de ne pas y penser. J’ai des objectifs actuels très clairs auxquels je veux me consacrer à 100 % sans penser à l’après. Je ne veux pas décevoir les gens qui me soutiennent. »

Comment arrivez-vous à vivre en parfaite autonomie ?

J. G. : « J’ai la chance de n’être que légèrement handicapé. Ma jambe droite est paralysée, mais je parviens à marcher, même si je boite fort. En outre, j’ai toujours eu un esprit relativement indépendant. Ainsi, à 18 ans, j’ai par exemple passé mon permis de conduire afin que mes parents n’aient plus à s’occuper de moi. Aujourd’hui, je vis seul. »

Les clubs de tennis sont-ils adaptés aux personnes à mobilité réduite ?

J. G. : « Globalement, le tennis a explosé en Belgique à la fin des années 80. Tous les clubs de tennis créés à ce moment-là ont été construits en hauteur, sans penser les lieux pour des personnes à mobilité réduite. Malheureusement, seule une personne handicapée sur trois a la chance de pouvoir accéder aux clubhouses. »