Patrice Forget

anesthésiste à l’UZ Brussel et Vice-Président de la Belgian Pain Society 

 

Patrice Forget, anesthésiste à l’UZ Brussel et Vice-Président de la Belgian Pain Society nous éclaire sur quelques points.

 

Comment évaluez-vous la qualité des soins dans le domaine de la douleur ?

P.F. : « La Belgique dispose de structures de soins importantes et biens répandues. Les collaborations sont relativement bien hiérarchisées entre généralistes, spécialistes et centres multidisciplinaires de la douleur, mais on peut améliorer les choses en termes de réseaux. »

 

 

Comment ?

P. F. : « Les processus de prise en charge ne doivent pas concerner que les spécialistes, mais toutes les professions des soins — infirmiers, psychologues, kinés, etc. — et les patients eux-mêmes. On a longtemps été dans une médecine paternaliste et directive. Sans privilégier l’automédication à tout-va, il faut responsabiliser les patients et leur transmettre l’information pour leur redonner leur indépendance. Le monde politique a aussi un rôle majeur. Il a déjà légiféré pour imposer une formation spécifique au sein des facultés de médecine afin de mieux prendre en charge la douleur. »

 

On reconnaît l’existence de maladies dont le problème principal n’est pas un autre organe que le système de la douleur en lui-même.

 

De quels types de douleurs parle-t-on ?

P. F. : « De 3 grandes familles qui posent des problèmes sociétaux. Un : la lombalgie et les douleurs sciatiques, pour lesquelles il faut éviter une prise en charge inadéquate ou trop tardive, sans quoi s’installe un processus de douleur chronique. Deux : les douleurs chroniques postopératoires, où il faut aussi agir à un stade où elles sont encore aiguës pour aboutir à une évolution postopératoire plus rapide. Trois : les douleurs cancéreuses, difficiles à gérer et pouvant être invalidantes. »

 

Quel bénéfice apporterait la reconnaissance de la douleur en tant que maladie à part entière ?

P. F. : « Cela permettrait de la traiter réellement et non de la considérer comme un simple symptôme qui passe après tout le reste. La nouvelle version de l’International Classification of Diseases — une référence dans le monde entier — a déjà engendré un progrès. Elle reconnaît bien plus clairement que dans la version précédente l’existence de maladies dont le problème principal n’est pas un autre organe que le système de la douleur en lui-même. Cette reconnaissance fait déjà beaucoup pour mobiliser tous les acteurs et améliorer non seulement l’organisation des soins de santé, mais aussi, in fine, les résultats en termes de contrôle de la douleur des patients. »