Le Dr Bassam Chakar, neurologue spécialisé dans le domaine de la veille et du sommeil, partage avec son expertise sur le sujet.


 

Quels risques encoure une personne atteinte de troubles du sommeil ?
 

« Cela dépend premièrement de l’historique de ces troubles. Sont-ils récents ou chroniques ? Quelle est leur nature ? Les troubles vont parfois toucher l’architecture du sommeil, parfois certaines fonctions physiologiques comme la respiration pendant le sommeil. En cas de problèmes, on en paye le prix durant la journée au niveau des performances cérébrales : concentration, mémoire, etc. Le risque est également important sur le plan cardiovasculaire. Les troubles du sommeil prennent de plus en plus d’ampleur. Dans les années 1990, par exemple, on parlait de 5 % de personnes concernées par l’apnée du sommeil ; selon les dernières études épidémiologiques menées en Suisse et en Finlande, on en dans une fourchette de 30 à 40 %. »

 

Quand une prise en charge devient-elle nécessaire ?
 

« Il y a deux niveaux de prise en charge. Le premier, par un médecin de première ligne comme le médecin traitant, doit être rapide. La prise en charge de l’insomnie dès les premières semaines permet notamment d’empêcher l’installation de troubles chroniques. Le second niveau, ce sont les spécialistes, amenés à proposer des solutions en cas de pathologies chroniques. »

 

Quels types de patients rencontre-t-on dans les centres de sommeil ?
 

« On en trouve trois groupes. Un : des patients fatigués ou somnolents pendant la journée viennent nous voir d’eux-mêmes pour trouver une explication. Deux : des patients qui ne se sont pas rendu compte eux-mêmes d’un problème viennent sur l’insistance de leur entourage ; celui-ci  a remarqué des ronflements, des arrêts respiratoires ou de l’agitation pendant la nuit. Trois : des patients viennent de la part de leur médecin traitant ou d’un autre spécialiste. Ce groupe est le plus problématique car beaucoup de ces patients ne présentent pas de symptômes,. »

 

Comment prend-on en charge le patient ?
 

Les dernières études montrent que 30 à 40 % de la population est concernée par l’apnée du sommeil.

« On écoute d’abord ses plaintes : fatigue, somnolence, etc. Nous nous basons beaucoup sur des questionnaires utilisés au niveau international. Il existe ensuite plusieurs types d’examens. La polygraphie du sommeil est une mesure quantitative du sommeil lors de laquelle, durant la nuit, on enregistre les activités cérébrales, les mouvements des yeux et les activités musculaires. Sur cette base, on peut construire l’architecture du sommeil. Puis, on peut ajouter des capteurs, voire des caméras de surveillance, pour étudier la respiration, le rythme cardiaque, la saturation en oxygène, la posture dans le lit et le mouvement des jambes. Ces examens nécessitent une admission à l’hôpital puisque le patient doit y dormir. Ils déterminent s’il est atteint d’une pathologie et avec quelle sévérité. En termes de personnel et d’équipements, ce type d’examen est lourd pour les hôpitaux. Et donc il est parfois possible de réaliser des examens de polygraphie ventilatoires à domicile. Parfois aussi, une partie des patients sont équipés d’un actimètre pendant une dizaine de jours pour étudier leur rythme veille - sommeil.

 

Quels sont les traitements envisageables ?
 

« La pathologie la plus fréquente est celle des troubles respiratoires. Tout le monde fait des apnées durant le sommeil. Une moyenne normale est de cinq apnées par heure de sommeil. Si cela reste léger, de 10 à 15 apnées, il peut suffire de corriger la posture du corps pendant le sommeil ou de modifier certaines habitudes, alimentaires notamment comme la consommation d’alcool. Pour des apnées modérées ou sévères, de 15 à 30 par heure et au-delà, on peut proposer un traitement avec un appareil de pression positive continue, un orthèse d’avancée mandibulaire voir une chirurgie maxillo-faciale. Il ne s’agit pas d’un traitement à vie ; on peut proposer des alternatives dans un second temps. »