Les explications du Dr Stéphane De Wit, Chef de service des maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre.
 

À quoi faut-il être attentif lorsque le VIH touche des seniors ?

« Par rapport aux jeunes, le diagnostic, le suivi de l’infection, les outils et la performance des tests sont strictement équivalents. La spécificité pour les aînés est le problème des comorbidités. Ces derniers développent en effet des pathologies liées à leur âge : maladies cardiovasculaires, rénales, hépatiques, ostéoporoses, risques de cancer parfois augmentés par le fait d’être séropositif, etc. Lors du traitement de la maladie, il faut donc en tenir compte dans le choix des médicaments. »

 

C’est-à-dire ?

« On n’utilisera pas par exemple une molécule antirétrovirale à effets secondaires sur le profil cardiovasculaire chez une personne âgée rencontrant des soucis de ce type. De même, on ne recourra pas non plus à un médicament créant une fragilité osseuse en cas d’ostéoporose. Globalement, le médicament est choisi en fonction du contexte global de santé du malade et de la réflexion sur la polypharmacie : prise de statine, d’aspirine, de metformine, etc. Il faut gérer les interactions médicamenteuses afin d’éviter les associations qui mettraient en péril l’efficacité d’un des traitements ou qui en augmenterait la toxicité. »

 

Quelles difficultés cela induit-il dans la prise en charge de ces patients ?

« Celle-ci doit être extrêmement globale, d’autant plus que beaucoup de ces seniors consultent bien plus leur médecin de référence spécialisé dans le VIH que leur médecin généraliste. En outre, le milieu gériatrique n’est généralement pas encore familiarisé avec la problématique du VIH gériatrique. Dans certains centres de référence comme l’hôpital Saint-Pierre, les gériatres s’y impliquent cependant. »

 

Témoignage

Axel Vanderperre a 59 ans et vit avec le VIH depuis près de trente ans. En s'appuyant sur son expérience personnelle, son travail en tant que fondateur d'UTOPIA_BXL et sa participation au « Conseil positif », il donne son avis sur ce qui peut être amélioré dans la politique en matière de VIH.

« Les personnes séropositives de plus de 50 ans sont de plus en plus nombreuses. Elles sont donc aussi confrontées aux maladies de la vieillesse. Chez les personnes séropositives, ces maladies sont plus fréquentes et se manifestent à un plus jeune âge. Cette situation a aussi des conséquences sur leur vie professionnelle et sociale et débouche sur un sentiment d’isolement. Souvent, elles n'osent pas parler de leur affection et elles ne voient le médecin qui les suit que deux fois par an, pendant 20 minutes. Ce n’est pas suffisant pour un examen approfondi. »

 

Coordination avec d'autres spécialistes et associations de patients

« C'est précisément pour cette raison qu'il est essentiel que ces personnes soient orientées vers des associations de patients. Cela arrive encore trop peu souvent. Pourtant, les contacts avec des compagnons d'infortune sont très importants. En outre, l'orientation vers d'autres spécialistes est souvent trop lente ou difficile. Le modèle de soins doit dès lors être adapté. Les médecins spécialisés dans le VIH traitent principalement les pathologies qui peuvent être mesurées (diabète, affections cardiovasculaires, etc.), mais ils ont peu de temps pour discuter d'autres choses (santé mentale, douleur, troubles du sommeil, etc.) », selon Axel Vanderperre.

 

Il faut s'intéresser davantage à la qualité de vie

« La qualité de vie des gens touchés par le VIH s'est améliorée, mais cette amélioration n'est pas proportionnelle à celle de l'espérance de vie. Le Conseil positif, l'organe consultatif officiellement reconnu, composé de personnes séropositives, a cependant indiqué clairement qu'il est important de prendre le malade en considération dans sa globalité. »

 

L'éducation est essentielle

« La complexité s'accroît. C'est pour cette raison qu'il est essentiel que les personnes touchées par le VIH comprennent leur situation et ce qu'ils pourraient y faire. Ainsi, les personnes séropositives font souvent trop peu d'exercice physique et fument beaucoup plus que la population normale. Pour eux, ces habitudes ont toutefois un effet beaucoup plus nocif. Il faut mettre l’accent sur la prévention et que ces personnes doivent être encouragés à mener une vie plus saine. Les hôpitaux devraient s'en charger, de manière coordonnée. »