Entretien avec Christine Van Broeckhoven, professeure en biologie moléculaire et génétique à l’Université d’Anvers et directrice de département au VIB, l’institut Flamand pour la biotechnologie.

Quels sont les progrès réalisés dans le domaine de la maladie d’Alzheimer ?

« Nous avons fait de grands pas ces dernières années au niveau de la qualité et de la précocité du diagnostic des patients. L’imagerie de la neurodégénérescence du cerveau est maintenant plus précise et plus fiable. Nous disposons également de tests biochimiques qui permettent désormais de détecter les premières phases des lésions cérébrales spécifiques à la maladie dans le liquide céphalo-rachidien. »

« Des progrès certains ont aussi été réalisés au niveau scientifique. Nous ne comprenons pas encore tous les mécanismes de la maladie, mais nous connaissons néanmoins les protéines qui jouent un rôle important dans son développement. Ce qui nous permet de nous concentrer sur ces éléments pour développer de nouveaux traitements. Il n’existe bien sûr pas encore de traitement curatif contre la destruction des cellules cérébrales, mais les progrès issus de la recherche génétique nous en rapprochent progressivement. Nous sommes la seule équipe en Belgique à se concentrer sur la génétique de la maladie d’Alzheimer et d’autres formes de démence. Nos résultats permettent de mieux définir le processus de la maladie, qui à son tour peut servir de base pour de potentielles  interventions thérapeutiques. Pratiquement tous les médicaments expérimentaux actuels reposent sur les résultats de la génétique. »

Où se situe la Belgique par rapport à l’étranger ?

« Malgré son exiguïté, la Belgique peut compter sur de nombreux chercheurs de grande valeur. Nos équipes jouissent d’une excellente réputation au plan international, ce qui s’est d’ailleurs souvent traduit par des reconnaissances et prix internationaux. Notre laboratoire peut même se targuer, aux niveaux européen et international, d’être à la pointe des connaissances génétiques dans la maladie d’Alzheimer et dans d’autres formes de démence. »

« Le nombre de patients belges atteints de la maladie d’Alzheimer est très difficile à déterminer. J’évalue pour ma part ce nombre à 350 000 patients souffrant de l’une ou l’autre forme de démence, dont 70 % d’Alzheimer. Certaines études établissent cependant qu’il y aurait jusqu’à trois fois plus de patients vivant chez eux sans le moindre diagnostic. De plus, le nombre de patients ne cesse de croître du fait du vieillissement démographique. »

L’alimentation joue-t-elle aussi un rôle dans le risque d’Alzheimer ?

« Le cholestérol est un facteur très influent dans le développement de la maladie d’Alzheimer et de la démence. Il est prouvé qu’une alimentation grasse et de mauvaise qualité peut conduire à l’obésité, ce qui augmente considérablement le risque d’Alzheimer. Quant à l’influence des autres composants alimentaires, nous manquons à ce jour de faits étayés. Il est toutefois clair qu’une alimentation saine et équilibrée, riche en fruits et légumes, est importante. Cela ne vaut d’ailleurs pas uniquement pour les patients Alzheimer. »

Quels sont encore les grands défis relatifs à la maladie d’Alzheimer ?

« Bien que la maladie soit toujours diagnostiquée de la même manière clinique, les causes biologiques sont souvent différentes. Les patients Alzheimer peuvent être répartis en différents groupes selon la cause biologique sous-jacente. Cela implique le besoin non pas d’un seul mais de plusieurs médicaments pour traiter la maladie. Il est en outre impératif de classer chaque patient dans le groupe ad hoc. La complexité et l’hétérogénéité sont très grandes. »

Un autre défi connexe est le besoin capital de plus de recherche clinique et expérimentale sur les causes sous-jacentes de la maladie. Malheureusement, l’investissement dans ce domaine est actuellement bien trop insuffisant. Seul l’équivalent de 10 % du budget scientifique total consacré au cancer et aux maladies cardiovasculaires est attribué à l’ensemble des neurosciences, dont une part seulement à la recherche sur la démence.

Pourtant, la population vieillit de plus en plus et une personne âgée atteinte de démence coûte davantage à la sécurité sociale qu’une personne âgée en bonne santé. Il faut donc investir encore plus dans la recherche de traitements préventifs et curatifs. Et ce n’est qu’en investissant dès à présent dans la recherche que nous pourrons éviter à long terme de nombreux problèmes et les coûts afférents.