Quelles sont les récentes innovations dans la prise en charge de la sclérose en plaques ?
 

Dr Emmanuel Bartholomé : « Nous avons de plus en plus de choix dans les traitements qui agissent dans les formes rémittentes de sclérose en plaques, c’est-à-dire avec poussées, les formes inflammatoires. Nous restons toutefois assez restreints dans le choix des médicaments des formes progressives. »

 

Comment expliquer cette différence ?
 

Dr E.B. : « Dans les formes d’emblée progressives ou secondairement progressives, l’inflammation est soit peu présente soit de nature différente. Or, jusqu’à présent, les médicaments ciblent précisément l’inflammation. Il nous faudra donc mieux distinguer les formes inflammatoires dans les SEP progressives des formes non inflammatoires afin de mieux choisir les traitements pour les patients.

Nous avons récemment démontré que certains médicaments qui agissent efficacement pour les inflammations agissent également dans les formes progressives. Dans les mois qui viennent, un nouveau traitement pouvant avoir une meilleure action sur les formes progressives sera disponible. »

 

En quoi consiste précisément ce nouveau médicament ?
 

Dr E.B. : « Ce nouveau médicament attaque pour la première fois uniquement les lymphocytes B, alors que jusque-là, les autres molécules s’attaquaient davantage aux lymphocytes T, responsables de l’immunité cellulaire. En s’attaquant davantage aux lymphocytes B, on traite probablement la maladie de manière plus complète, étant donné que ceux-ci influencent aussi les lymphocytes T. »

 

Quels sont les effets secondaires de ces traitements ?
 

Dr E.B. : « Plus le traitement est efficace sur l’immunité, plus il risque de la diminuer et de favoriser les infections. À ce jour, il n’existe toutefois pas de traitement efficace sans risque : ces nouveaux médicaments ont prouvé que ce risque était faible par rapport au bénéfice que l’on pouvait en tirer. »

 

Est-ce que l’on peut espérer une guérison de la sclérose en plaques ?
 

Dr E.B. : « Ce n’est pas encore d’actualité, mais les avancées sont importantes. C’est pourquoi il est indispensable de continuer à utiliser les traitements les plus efficaces possible afin de maintenir le patient dans un stade de rémission, en attendant d’avoir un médicament qui permettra la guérison complète.

Le jour où il existera des médicaments permettant de guérir, il faudra que le patient soit dans le meilleur état possible pour ne pas garder des séquelles tout en étant guéri. En d’autres termes, lorsque l’on pourra stopper la réaction auto-immune, ce qui aura été abîmé dans le cerveau restera endommagé. Ce qu’il nous faut donc, ce sont des médicaments capables de réparer ces lésions. »

 

Un médicament de la sorte existe-t-il déjà ?
 

Dr E.B. : « Des études sont actuellement en cours pour évaluer un traitement qui vise à “réparer” la myéline. Pour la première fois, nous étudions donc un traitement dont l’objectif n’est pas de stabiliser la maladie, mais bien d’améliorer le handicap du patient. »

 

En quoi un diagnostic précoce de cette maladie permet-il une meilleure prise en charge ?
 

Dr E.B. : « Avant tout parce que, si on le diagnostique plus tôt, le patient aura accumulé moins de lésions cérébrales et aura donc moins de risque de développer un handicap. De plus, on se rend compte que le système immunitaire a tendance à rapidement s’emballer. Plus on attend avant d’entamer un traitement, plus le système immunitaire sera devenu réactif contre le cerveau et il sera d’autant plus difficile de le calmer ensuite.

Les traitements symptomatiques sont en outre importants à souligner. La meilleure façon de traiter les symptômes est d’avoir la meilleure hygiène de vie possible : ne pas fumer, faire du sport, manger sainement, etc. »