Quel avenir pour les maisons de repos ?

 

Alice Baudine : « La maison de repos du futur doit évoluer sur plusieurs axes. La dernière étude du Parlement wallon montre que 91 % des personnes souhaitent rester à domicile. C’est pourquoi je pense qu’il faut permettre à ces personnes de bénéficier de soins à la maison le plus longtemps possible. Dans ce cadre, la place du médecin généraliste est centrale. C’est lui qui va faire le lien entre les différents acteurs et permettre à la personne âgée d’être bien accompagnée. Dans certains cas, l’entrée en maison de repos est nécessaire, elle doit donc également changer. Nous devons développer avec les acteurs locaux de nouveaux systèmes d’offre de service qui permettront à la maison de repos de s’ouvrir vers l’extérieur. Il faut également faciliter l’entrée pour des séjours courts. Enfin, l’image de la personne âgée doit changer. Il faut arrêter de les considérer comme des personnes dépendantes et plutôt les voir comme des personnes qui ont le droit de choisir. »

Marc Verbruggen : « Il faut que la maison de repos évolue dans une vision "maison dans la maison". Pour arriver à cela, plusieurs choses peuvent être mises en place : créer de plus petites unités, donner des soins adaptés, mais aussi encourager la mixité. La maison de repos n’est pas un mouroir ! Il faut tout mettre en place pour que les personnes âgées puissent rester actives, par exemple en mettant à leur disposition un restaurant central au rez-de-chaussée qui les poussera à se sociabiliser. Je suis également convaincu que la maison de repos doit rester accessible. Elles n’ont pas un budget infini. Il faut rationaliser les effectifs pour permettre une meilleure prise en charge. En gériatrie, une infirmière a beaucoup de travail administratif. Je pense que si ces tâches étaient remises à des auxiliaires de vie formées en ce sens, cela permettrait de laisser plus de temps aux infirmières ou tout simplement d’allouer le budget débloqué à de nouveaux investissements. »

Benoît Debande : « C’est vrai, selon moi, le secteur le plus en manque d’infirmières est celui de la gériatrie. Les normes d’encadrement y sont vraiment insuffisantes. Les unités de gériatrie ont une activité soutenue 24h/24 et 7j/7, et, pourtant, les normes nous permettent de ne mettre à disposition qu’une seule infirmière de nuit alors qu’en maternité, 3 sages-femmes sont requises ! Je pense qu’il faut laisser au gestionnaire un degré de liberté dans l’organisation et l’encadrement. »

David Labeau : « On peut s’en réjouir, des réflexions sur la mixité, la perméabilité et les habitats transgénérationnels éclosent un peu partout et profitent aux seniors. Si ces initiatives ont le vent en poupe, surtout dans les pays anglo-saxons et scandinaves, il en existe également en Belgique. Par exemple, dans les quartiers universitaires, des personnes âgées hébergent des étudiants qui leur rendent de petits services en retour, ou encore, à Watermael-Boitsfort, une maison de repos collabore avec un centre pour enfants handicapés. Ceux-ci rendent visite aux personnes âgées. Il est essentiel que la maison de repos ne soit pas une île isolée. Même si ce sont des initiatives majoritairement citoyennes, je pense que c’est ce vers quoi la société doit aller. »

 

Comment voyez-vous l’hôpital du futur ?

 

Pascal Mertens : « Les hôpitaux du futur devront collaborer davantage. Chaque hôpital a trop longtemps prioritairement considéré les autres hôpitaux comme des concurrents, alors que nos compétences conjuguées valent plus que leur somme. Je pense donc que l’idée du fédéral de mettre en place des réseaux d’hôpitaux est bonne. Même si cette réforme n’en est qu’à ses balbutiements, elle permet à des acteurs qui se rencontraient peu de progressivement élaborer des projets communs. En revanche, je pense que cette simple "vision" ne suffira pas à faire pleinement évoluer l’hôpital. C’est pourquoi je plaide pour une modification du fonctionnement des hôpitaux dans leur gouvernance même. Nous devons permettre à des ressources externes (par exemple, des administrateurs indépendants) et à des citoyens de nous apporter de nouvelles expertises. Il serait également judicieux que des patients puissent faire partie de comités d’avis en hôpital et en maison de repos, avec l’objectif de développer davantage de projets "Patient partenaire". »

David Labeau : « Il doit être la réponse fonctionnelle aux besoins réels et actuels des patients. Ainsi, la réflexion sur le "patient-partenaire" me passionne. Ils connaissent en général très bien les problèmes rencontrés dans les hôpitaux et ont une vision juste des solutions qui pourraient être apportées. »

Saskia Bauters : « Les banques reçoivent beaucoup de questions sur le financement futur du secteur des soins de santé et sur l’impact de la réforme des réseaux. Le secteur a un rôle très important au niveau social, mais également en ce qui concerne l’emploi et l’économie du pays de manière générale. Nous voulons donc clairement continuer à soutenir les hôpitaux et leurs futurs investissements. Le problème est qu’il reste aujourd’hui encore beaucoup d’incertitudes, notamment sur la manière dont ces investissements vont pouvoir être financés, même si, en Région wallonne, les choses commencent à se préciser. Un exemple parmi d’autres est l’e-santé, un secteur très prometteur qui joue un rôle clef si les différents acteurs veulent travailler ensemble d’une manière efficace. Il est donc important que les acteurs reçoivent rapidement l’information concernant les différentes manières de financer les projets sur le long terme. »

Benoît Debande : « Tout à fait. Comme n’importe quel acteur économique, l’incertitude nous empêche d’avancer. Je ne sais pas comment le secteur va pouvoir faire des avancées cette année, car on se demande toujours avec qui on va collaborer. On commence à tourner en rond et on n’investit plus. Je propose que l’on nous dise vers où on se dirige pour que l’on sache sur quoi et avec qui travailler. »

Alice Baudine : « Malheureusement, je pense que cette période de flottement est nécessaire. La 6e réforme de l’État a posé des bases et ouvert de nouvelles possibilités qu’il faut maintenant concrétiser, et cela prend du temps. Je comprends tout à fait la crainte de certains hôpitaux, mais la clef est le dialogue. »

Emilie Vanderstichelen : « C’est pourquoi la création d’un organisme d’intérêt public wallon qu’est l’AVIQ était nécessaire ! Son rôle est de gérer, notamment, toutes les "nouvelles" matières santé issues de la 6e réforme de l’État, en concertation avec les différentes parties. L’AVIQ doit remplir ce rôle de concertation, nous en sommes demandeurs et particulièrement en attente. »

Marc Verbruggen : « Cette réforme des réseaux a été lancée, mais il nous faut une véritable vision de continuité ! En effet, ces mesures ont un impact concret sur la gestion des structures. Nous avons l’envie et le souci de bien faire, mais il nous faut une pérennité pour la mise en place sur le long terme. »

 

L’hôpital restera-t-il la structure principale de prise en charge des patients ?

 

Alice Baudine : « Le gouvernement fédéral a mis un point d’honneur à réduire le nombre d’hospitalisations au profit de prises en charge à domicile. Le but est de rationaliser l’utilisation des lits, donner un meilleur confort au patient et faire des économies. Seulement, plusieurs questions subsistent. Les patients pourront-ils bénéficier de la même qualité de soins à domicile ? Travailler en milieu hospitalier et en déplacement sont deux choses différentes. Il faut donc pouvoir accompagner nos équipes dans cette transition. De plus, opérer un tel changement demande du temps et la collaboration de structures intermédiaires pour assurer une prise en charge optimale à un coup raisonnable. »

Saskia Bauters : « Je pense que, quel que soit le sous-secteur d’activité de santé pris en considération, le système se doit d’être le plus cohérent possible et, au travers d’une évaluation permanente de sa pertinence, il faut éviter au maximum aux acteurs de terrain des sources d’incertitudes, qu’elles soient juridiques, politiques ou financières. »

Pascal Mertens : « Le virage ambulatoire et la sortie de leurs murs sont pour les hôpitaux de grands défis, notamment en termes d’organisation et de gestion du temps de travail. Il va falloir développer de nouveaux partenariats et les acteurs du secteur vont peu à peu devoir redéfinir leur rôle. Nous savons par ailleurs que le burn-out fait des victimes dans les professions de soignants, essentiellement à cause de la charge croissante de travail. Il va donc falloir mettre en place des programmes d’accompagnement. Parallèlement aux défis économiques, technologiques et organisationnels, le secteur hospitalier doit donc relever un défi humain. »

Emilie Vanderstichelen : « Quoi qu’il arrive, le patient doit rester le centre des préoccupations. Or, il va falloir parler du patient et de la manière d’adapter la prise en charge à son lieu de résidence dans son ensemble, et on manque clairement d’une vision wallonne à ce sujet. Actuellement, on fonctionne avec des secteurs cloisonnés, qui s’efforcent de respecter les normes et de rentrer dans leurs budgets. Or, le renforcement de la 1ère ligne de soins, la place de la prévention, l’organisation autour des sorties d’hôpitaux, la prise en charge de la dépendance, le soutien aux aidants proches sont autant de thèmes transversaux qui nécessitent de mettre les secteurs autour de la table afin d’aboutir à une approche holistique de la santé. »

 

L’e-santé est-elle la clef pour des soins de santé du futur ?

 

Emilie Vanderstichelen : « Aujourd’hui, l’utilisation de l’e-santé est inévitable dans notre domaine. Cette technologie permet de trouver des solutions dans un monde qui évolue rapidement. En tant qu’opérateur des soins de santé, nous sommes convaincus que l’e-santé peut faciliter la communication d’informations, notamment grâce au dossier patient. Il y a beaucoup de pas qui ont déjà été faits, mais nous ne sommes qu’à ses débuts. Par contre, si la dernière étude de MediQuality montre que les médecins interrogés sur l’e-santé reconnaissent qu’elle a un impact sur la médecine, l’étude montre aussi qu’à peine 6 % d’entre eux pensent que cela va faciliter leur travail à long terme. Il reste donc un effort à faire pour prouver ses bienfaits. »

Alice Baudine : « L’e-santé est un formidable outil s’il est accompagné d’un soutien informatique. Dans les hôpitaux, cela est possible, mais la situation devient plus compliquée lorsqu’un médecin généraliste se trouve seul dans son cabinet. »

David Labeau : « C’est une évidence et une opportunité. L’e-santé, ce sont aussi des équipements toujours plus perfectionnés et précis et donc des hôpitaux, comme cela se voit à l’étranger, de plus en plus hyperspécialisés. »

Benoît Debande : « Le problème de l’e-santé est qu’elle modifie le rapport que le soignant a avec son métier. Certaines choses doivent être formulées clairement, par écrit, alors qu’elles ont longtemps été orales, voire informelles, dans le milieu médical. En améliorant l’organisation de la prise en charge, notamment par le support à la multidisciplinarité, cette technologie peut permettre au patient de passer moins de temps à l’hôpital. Un dossier informatisé et détaillé permet souvent d’éviter bien des désagréments. Par contre, il faut éviter une dérive : imposer l’exhaustivité des informations à consigner dans le dossier patient ! Cela doit être un soutien à la prise en charge du patient. Enfin, la technologie évolue tellement rapidement qu’il est très difficile de prévoir son évolution à 10 ans. C’est pourquoi il faut développer des infrastructures flexibles capables de s’adapter aux prochaines évolutions. »