Qu’est-ce que la tuberculose et comment se développe-t-elle ?
 

Docteur Nimer Ortuno-Gutiérrez : « La tuberculose est une maladie infectieuse causée par la contagion d’une bactérie. Certains facteurs augmentent le risque de l’attraper : le tabagisme, le VIH, le diabète, l’alcoolisme, … Le microbe se loge dans les poumons et développe des symptômes tels que la toux, la fièvre, la perte de poids, la diminution de l’appétit. »

 

En quoi consiste la tuberculose multirésistante ?
 

Dr N.O-G : « La multi-résistance est due à plusieurs mécanismes qui peuvent enclencher une défense de l’organisme face aux deux médicaments de première ligne les plus puissants. Médicaments de mauvaise qualité, combinaison erronée, sous-dosage, conditions de stockage inadaptées, interruption de traitement : tous ces facteurs provoquent une mutation du métabolisme qui empêche le médicament d’agir correctement. »

 

Quels traitements existent à l’heure actuelle ?
 

Dr N.O-G : « Pour la tuberculose “‘sensible”’, majoritaire avec plus de 10 millions de personnes atteintes dans le monde, le traitement consiste en une combinaison de quatre médicaments, un médicament-clé et trois accompagnateurs. Ce type de traitement dure environ six mois et a guéri plus de 80 % des malades en 2016. L’OMS a par ailleurs pour objectif de viser 90 % de guérison des personnes atteintes par ce type de tuberculose. »

 

Et qu’en est-il de la tuberculose multirésistante ?
 

Dr N.O-G : « La tuberculose multi-résistante ne peut pas être soignée avec ces médicaments de première ligne. Déjà, le diagnostic de ce type de tuberculose prend du temps, près de 12 semaines sont nécessaires, son processus est long et complexe. Depuis 2010, il existe toutefois un test moléculaire plus rapide et efficace pour connaître la résistance au médicament le plus puissant de première ligne.

En 2016, un nouveau régime de traitement court a été recommandé par l’OMS. Ce schéma a été développé par un chercheur belge (Dr Armand Van Deun) dans un projet Action Damien au Bangladesh. Ce régime court s’étale sur 9 mois et vise à guérir les personnes atteintes de tuberculose multi résistante. Avec un taux de guérison de 8 patients sur 10, il est beaucoup plus accessible et moins couteux que les traitements qui lui précédaient. Seuls 37 pays dans le monde ont toutefois adopté ce régime de traitement. En cause : certaines conditions d’application ont été mal comprises et ont empêché la mise en place de ce schéma-là dans les autres pays. »

 

Quel rôle l’association Action Damien a-t-elle joué dans l’élaboration de ces traitements ?
 

Dr N.O-G : « L’appui d’Action Damien a été essentiel dans la mise au point du traitement court de la tuberculose multi-résistante et dans son application dans d’autres pays.

Au-delà de cette forme de tuberculose, il existe également un type ultra-résistant (tuberculose multi-résistante avec résistance aux injectables de deuxième ligne et les fluoroquinolones), pour lequel très peu de médicaments existent. Via une aide à la formation et une contribution à la recherche, Action Damien permet dès lors d’accroître la connaissance sur cette maladie et   d’améliorer la situation partout dans le monde. »