Comment vous est venue l’idée de créer ce robot ?

Fabrice Goffin : « D’une façon assez originale ! Il y six ans, mon collègue, Tommy Deblieck, et moi-même faisions de la consultance au Qatar dans le milieu de l’industrie hôtelière. Un soir, alors que nous étions de sortie, nous évoquions nos souvenirs de jeunesse et notamment notre passion pour Star Wars et le petit robot R2-D2. Nous nous sommes alors lancé le défi de réaliser quelque chose dans la robotique. De retour en Belgique, nous avons exploré ce qui existait en la matière. Il y avait le robot humanoïde Nao, dont nous avons contacté le fabriquant, et que nous avons acheté. Nous avons ensuite programmé un logiciel dessus, avec l’idée première de placer le robot à la réception des hôtels pour souhaiter la bienvenue aux touristes dans différentes langues. »

Avec quel résultat ?

Après avoir investi toutes nos économies personnelles dans ce projet, c’était la déception : nous pensions arrêter notre activité. C’est alors que nous avons reçu le coup de téléphone providentiel.

F. G. : « Nous l’avons fait pendant plus de deux ans, mais les hôtels ne se sont pas montrés très réceptifs à notre idée. Après avoir investi toutes nos économies personnelles dans ce projet, c’était la déception : nous pensions arrêter notre activité. C’est alors que nous avons reçu le coup de téléphone providentiel : en 2013, l’hôpital universitaire de Gand nous a demandé d’adapter notre robot pour motiver des enfants de 7 à 9 ans à faire des exercices de revalidation. Les résultats ont été très probants : les enfants furent immédiatement enthousiasmés et firent leur maximum pour effectuer leurs exercices. Par la suite, une maison de retraite nous a contactés avec le même objectif de faire faire de l’exercice aux seniors. »

Comment votre robot intervient-il dans le monde médical ?

F. G. : « Notre entreprise a développé bon nombre de logiciels du robot. Zora est ainsi amené à exercer de multiples tâches en milieu hospitalier : il intervient déjà en neurologie et en réadaptation pédiatrique, entre autres. Il est conçu pour apporter aide et assistance au personnel en charge des personnes âgées et des enfants. La solitude est souvent l’apanage de ceux-ci. Les journées des enfants dont les parents travaillent se limitent en général à quelques jeux et à la télévision ; celles des seniors, en plus du fait qu’ils sont seuls, se compliquent souvent en raison de problèmes de vue et d’ouïe. Le robot leur apporte une présence très appréciée. »

Quel rôle joue-t-il précisément ?

F. G. : « Une fois le robot programmé, le personnel a peu de choses à faire. Il lui suffit de brancher Zora pour que ses fonctions se mettent en route, dans la limite des deux heures d’autonomie de sa batterie. Le robot est doté de capteurs : il voit, entend et se déplace librement. Capable de parler en 19 langues, il est préprogrammé de multiples tâches : discuter avec les personnes en donnant des réponses simples, se connecter à Internet pour chercher des informations plus complexes, donner la météo ou les nouvelles du jour en lisant le journal à voix haute, indiquer le contenu des repas de la journée dans l’hôpital, effectuer et faire effectuer aux patients des exercices de gymnastique, stimuler la mémoire en accomplissant des exercices thérapeutiques, accéder à des jeux interactifs pour jouer avec le patient, se balader pour aller poser certaines questions des patients au personnel hospitalier, danser sur différents rythmes, etc. »

Quels sont vos projets d’avenir ?

F. G. : « Aujourd’hui, notre robot est présent dans plus de 300 instituts de 11 pays ; notre société est passée de 2 à 35 travailleurs au cours des deux dernières années. Depuis le premier projet qui a vu le jour en 2013 à Ostende, plus de 100 robots ont été placés dans des maisons de retraite et hôpitaux en Belgique et aux Pays-Bas. Nous projetons d’en installer plus de 500 supplémentaires en Europe d’ici à la fin de l’année. Last but not least : nous sommes en passe de développer notre propre robot. »