Thierry Martin, directeur de la Plateforme Prévention Sida

Pour Thierry Martin, directeur de la Plateforme Prévention Sida, cette maladie reste grave. « Sur le terrain, beaucoup de gens nous disent qu’être séropositif n’est plus si grave. Les traitements sont de plus en plus efficaces et les personnes atteintes peuvent vivre plus longtemps et relativement bien. C’est vrai, mais cela ne veut pas dire que tout va bien pour autant. »

Prévention avant tout

La maladie progresse, en effet. « Depuis une dizaine d’années, les records d’infections sont battus. Si, en 2013, les statistiques indiquent une légère diminution, le niveau reste très élevé. En Belgique, 1115 nouvelles infections sont détectées par an, soit plus de 3 par jour. En 1996, environ 690 nouvelles infections étaient comptabilisées. En une quinzaine d’années, le nombre d’infections au VIH a quasi doublé, c’est inquiétant. Par ailleurs, les contaminations d’autres infections sexuellement transmissibles (IST) sont aussi en forte augmentation. L’épidémie progresse dans notre pays et partout en Europe. » En Belgique, le dépistage tardif est élevé. « Environ 40 % des personnes séropositives sont dépistées tardivement, plusieurs mois, voire plusieurs années après avoir été infectées. »

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

« Comme ces personnes ne prennent pas de médicaments, leur prise en charge médicale va s’en trouver altérée. Plus un traitement est pris tôt et tous les jours, plus le pronostic pour le patient est bon. Sur le plan de la prévention, c’est une catastrophe aussi. L’utilisation du préservatif n’étant pas générale, ces personnes vont en contaminer d’autres sans le savoir. La prévention passe par l’utilisation du préservatif. »

Priorité au dépistage

Existe-t-il d’autres moyens de prévention ?

«Le dépistage est une priorité. Les personnes à risque doivent se faire dépister régulièrement du VIH, mais aussi des autres IST. La syphilis, les chlamydias et les gonorrhées sont en recrudescence. Il existe différentes stratégies de dépistage, se rendre chez un médecin généraliste, dans un hôpital. Une prise de sang permet de faire un test de dépistage. Cependant, il existe un certain nombre de freins. Certaines personnes auront des difficultés à demander un test de dépistage VIH chez leur médecin. D’autres vont invoquer des raisons financières ou un manque de temps. »

Comment encourager les gens à se faire dépister ?

« Il faut développer l’accès à des structures de dépistage anonymes et gratuites. Actuellement, il en existe trois reconnues en Belgique par l’Inami, à Bruxelles, à Liège et à Anvers. Voici un an, le plan VIH Sida a été lancé par l’ancienne ministre de la Santé, Laurette Onkelinx. Le dépistage démédicalisé et décentralisé permet de le sortir de l’hôpital pour toucher d’autres personnes dans leurs lieux de vie (bars, maisons de quartier, associations…). » En Belgique, le dépistage est encore un acte médical. « Dans des projets pilotes, une nouvelle technique de dépistage permet de prélever une goutte de sang. Nous demandons que la loi soit modifiée comme elle l’est depuis plusieurs années en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, en faveur de la démédicalisation du test. Ainsi, des non-médecins travaillant dans des associations de prévention du sida et formés à faire ce test pourraient aller à la rencontre des publics prioritaires de la lutte contre le sida dans des horaires adaptés. »

Traitements plus performants

Où en sont les traitements aujourd’hui ?

« Ils sont de plus en plus performants et certains en prise unique. Il est possible de contrôler le virus et de le rendre indétectable. Le traitement aussi est considéré comme une stratégie de prévention. Une autre avancée est le traitement post-exposition (TPE). Après des relations sexuelles sans préservatif, par mesure de précaution, un traitement d’urgence peut être administré le lendemain dans un centre de référence sida ou à l’hôpital. Cette trithérapie à prendre pendant un mois va empêcher les éventuelles contaminations. C’est une avancée très importante. »

Le préservatif reste le seul moyen de se protéger efficacement contre le VIH

Si la prévention échoue, quels signes doivent donner l’alerte d’une éventuelle infection ?

Selon la Plateforme Prévention Sida, de 2 à 4 semaines après la contamination par le VIH, une personne infectée peut ressentir des symptômes faisant penser à une grippe : fièvre, douleurs musculaires, fatigue, ganglions gonflés, éruption cutanée, maux de gorge, diarrhées. Après une ou deux semaines, ces symptômes finissent par disparaître. Cependant, le virus, lui, est toujours présent. Dès cette première phase, le virus se multiplie partout dans l’organisme, mais aucun signe extérieur n’apparaît. Cette phase peut durer de quelques mois à quelques années, temps pendant lequel le virus continue à détruire progressivement le système immunitaire. Au fil des années, en l’absence de traitement, le virus aura détruit une grande partie du système immunitaire en particulier les chefs d’orchestre de l’immunité que sont les cellules T CD4. Lorsque le corps ne peut plus combattre efficacement les agressions extérieures de maladies opportunistes, des affections ou des cancers se déclarent. C’est ce qu’on appelle le stade sida. Les symptômes sont ceux de ces infections ou cancers opportunistes, souvent plus marqués que chez un patient qui n’est pas affecté par le VIH.

Pour trouver une adresse de dépistage près de chez vous : www.preventionist.org

Plus d’infos sur le VIH/sida : www.preventionsida.org

Cet article est rédigé avec le soutien de ViiV Healthcare
Date of creation : November 2014 BE/HIV/0013/14