Professeur De Wit, Chef de Service du Service des maladies infectieuses du CHU Saint-Pierre

Manque de prévention ? Sensibilisation inadéquate ? Quels risques pour les patients dont la prise en charge est retardée ? Professeur De Wit, Chef de Service du Service des maladies infectieuses du CHU Saint-Pierre, nous propose un tour de la question.

Où se situe la Belgique en matière de VIH ?

Pr D.W. : « La Belgique a longtemps battu le triste record du plus haut taux d’incidence annuel de VIH d’Europe. Nous sommes toujours dans le top 10 actuellement. L’épidémie est très active chez nous et touche particulièrement 2 types de communautés. La communauté des homosexuels masculins et la population migrante, provenant principalement d’Afrique subsaharienne. Il est donc capital de concentrer la prévention sur ces 2 groupes. »

Pourquoi parler du VIH dans une campagne sur la santé cardiovasculaire ?

« Nous avons constaté une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires chez les personnes atteintes du VIH. Il y a quelques années, certains médicaments contribuaient à cette augmentation du risque, mais ils ont entre-temps été améliorés et ce n’est plus le cas.

Une autre piste a également été envisagée : le traitement continu serait la cause de cette augmentation de risque de maladies cardiovasculaires. Dans cette hypothèse, certains médecins ont pratiqué l’interruption thérapeutique par période afin d’observer la réaction des patients. Constat : plutôt que de diminuer le risque, cette méthode ne faisait que l’augmenter. Une fois cette possibilité exclue, il a donc été clairement établi que le traitement était bénéfique pour tous les patients, quel que soit leur niveau de séropositivité. »

Quels sont les principaux défis actuels en matière de VIH ?

« La prévention et le dépistage sont les deux priorités. La prévention doit viser le public le plus ciblé par cette pathologie. Dans cette optique la prophylaxie préexposition (PrEP) est une nouvelle stratégie qui peut s’avérer très utile. Elle consiste à prescrire un médicament actif contre le virus aux personnes à haut risque de le contracter, pendant les périodes où elles sont le plus vulnérables. Grâce à la PrEP, les personnes susceptibles de contracter le VIH peuvent bénéficier d’une prévention médicamenteuse qui réduit significativement le risque de contracter le virus.

Au niveau du dépistage, celui-ci doit être délocalisé (ne plus être dépendant des centres de santé ou hôpitaux) et démédicalisé (pouvoir s’effectuer sans la présence d’un médecin). Ce dépistage doit aller vers les personnes à risque, se montrer plus mobile et proactif. »