Dr Pierre Troisfontaines, Vice-président de l'association 'Mon Cœur Entre Parenthèses'

L'insuffisance cardiaque (IC), maladie chronique évolutive, représente un enjeu majeur de santé publique. Cette affection est provoquée par l’incapacité du cœur à assurer sa fonction de pompe. L'IC peut être liée à de multiples causes, dont les deux plus fréquentes sont la maladie coronaire (faisant notamment suite à un infarctus du myocarde) et l’hypertension artérielle.

Cette maladie grave et invalidante a des conséquences importantes sur le plan fonctionnel mais également sur le plan socio-économique avec des hospitalisations fréquentes. Elle touche 15 millions d’Européens et est la première cause d’hospitalisation des plus de 65 ans. En Belgique, elle concerne plus de 230.000 Belges et 15.000 nouveaux cas sont détectés chaque année. Sans mesures concrètes de prévention et de sensibilisation face à cette maladie, le nombre de cas d’IC pourrait augmenter de 30-40% d’ici à 2030.

Programmes

Or, force est de constater que peu de gouvernements adoptent des programmes d’envergure à l’égard de cette pathologie.  Mais la situation évolue et une prise de conscience semble émerger. En effet, des initiatives tant au niveau national qu'au niveau européen ont vu le jour et ont reçu un écho favorable et une écoute de certains politiques prêts à s'engager face à ce défi.  En effet, à l’occasion des Journées de sensibilisation à l’IC, une table-ronde s'est tenue au parlement fédéral afin d’engager une réflexion pour une prise en charge globale de l’IC. Dans les suites de cette action, plusieurs parlementaires ont interpellés la ministre de la santé, Maggie de Block, face aux enjeux que présente cette maladie.

Par ailleurs, le mercredi 19 octobre 2016, la déclaration écrite sur l'Insuffisance Cardiaque a été lancée au Parlement Européen. Des organisations professionnelles et associations de patients de plusieurs pays européens ont participé au lancement de cette déclaration dont l'association belge de patients 'Mon Cœur Entre Parenthèses' ainsi que le Groupe de Travail Belge sur l'IC, le Belgian Working Group on Heart Failure (BWGHF). A ce jour, la déclaration a déjà été signée par plus de 40 parlementaires européens mais pour qu'elle soit transmise aux institutions européennes, il faut la signature de plus de la moitié des parlementaires.

Sur le plan scientifique et thérapeutique

Sur le plan scientifique, de nouvelles recommandations ont été publiées en 2016  par la Société Européenne de Cardiologie (ESC). Celles-ci actualisent et précisent la prise en charge de l'IC sur base des dernières études. L'algorithme pour son diagnostic est simplifié et se focalise sur 5
éléments-clés : l’histoire clinique, l’examen clinique,  l'électrocardiogramme, l’échocardiographie et le dosage des peptides natriurétiques.  Malheureusement, en Belgique, ces derniers ne sont toujours pas remboursés alors qu'ils permettraient de faciliter le diagnostic et d'éviter des hospitalisations.  Sur le plan thérapeutique, on note également l'arrivée d'une nouvelle classe 'ARNI' avec le LCZ696, qui a démontré son efficacité sur la mortalité et les hospitalisations dans l'étude PARADIGM-HF".

2016 en résumé

2016 a donc vu de belles avancées tant sur le plan politique que sur le plan scientifique. Toutefois, sur d'autres éléments, nous restons à la traine comparativement à d’autres pays européens: la reconnaissance de la gravité de cette maladie et la menace que celle-ci représentent pour notre  système de santé. Il est impératif de poursuivre les efforts pour informer la population par des campagnes de sensibilisation et de dépistage. Par ailleurs, la prise en charge pluridisciplinaire et une revalidation cardiaque prolongée des patients souffrant d'IC ne sont toujours pas prise en considération par nos autorités par rapport à la spécificité de cette maladie chronique, son impact sur plan socio-économique et sur le plan humain malgré des preuves de leurs efficacités et des recommandations au niveau européen.

Espérons que ces derniers points seront entendus et pris en compte malgré le contexte socio-économique difficile.