Or, le Professeur Marc Gewillig (UZ Leuven) a dernièrement été confronté à un petit patient de 9,5 kg, chez qui la méthode existante était impossible à appliquer sans déchirer les veines. La solution novatrice qu’il a imaginée avec son équipe n’est ni plus ni moins qu’une première mondiale.

« Ce petit patient avait une valve cardiaque gravement endommagée depuis la naissance. Une première tentative de réparation s’était soldée par un échec. Nous avons donc décidé de la remplacer par une nouvelle valve », explique le Professeur Gewillig en préambule.

Dégradation rapide vs limitation du nombre d’opérations

« Chez un adulte, ce type de valve a une durée de vie qui varie généralement entre 5 et 10 ans. Mais chez l’enfant, il faut tenir compte d’une hyperactivité immunologique. En effet, l’enfant contracte infection sur infection et attrape toutes sortes de virus, ce qui stimule continuellement son système immunitaire. Chez notre petit patient, cela s’est traduit par une dégradation très rapide de la nouvelle valve, entamée au bout de 6 mois à peine. La valve était entièrement détruite 3 à 4 mois plus tard », se souvient le Professeur Gewillig.

« Sachant qu’il n’est pas possible, en pratique, de dépasser 4 à 5 ré-opérations, l’espérance de vie de notre patient n’était pas longue. Notre objectif était donc de reporter autant que possible l’opération suivante, qui devra sans aucun doute être pratiquée à un moment ou l’autre. Nous devions par conséquent trouver une solution nous permettant malgré tout d’insérer une valve par cathétérisme. »

Solutions créatives

Le Professeur Gewillig précise : « Les voies d’accès classiques, comme les veines de l’aine ou du cou, étaient exclues. Nous les aurions arrachées. Le foie était une autre possibilité, mais cette voie d’accès n’avait jusqu’à présent été utilisée qu’en cas de sténoses ou d’obstructions des voies traditionnelles, ou encore en cas de problèmes techniques. Et encore, seuls des cathéters de 2 à 3 mm maximum avaient été utilisés à cet effet. »

« Or, l’introduction d’une valve cardiaque par cathétérisme exige le passage d’un cathéter de 7 mm de diamètre à travers le foie. Pour délivrer la valve, nous avions besoin d’un ballonnet, qui adopterait la bonne courbure et serait adapté à la taille du petit cœur. Par ailleurs, nous avons également dû raccourcir les stents existants aux mesures du jeune patient », poursuit le Professeur Gewillig.

« Ensuite, nous avons procédé à une première simulation complète, car nous n’avions qu’une seule chance. Lors des adaptations, nous avions en effet retiré tous les systèmes de sécurité, car ils prennent de la place. Le dernier défi, enfin, consistait à refermer le gros trou percé dans le foie. Une technique adaptée nous a permis d’arrêter les saignements en ressortant. »

Première mondiale

« C’était la première fois que nous placions ce type de valve sans opération, via cathétérisme, chez un enfant de moins de 10 kg. Initialement, le monde médical était très partagé quant à nos chances de réussite. Mais aujourd’hui, nous avons prouvé que la technique était possible, et c’est une grande victoire psychologique. Le chirurgien qui devra réaliser la quatrième ou cinquième intervention dans 20 ou 30 ans en retirera les bénéfices », conclut le Professeur Gewillig.