Quelles sont les évolutions en matière de cardiologie ?
 

Pedro Brugada : « Les progrès technologiques et scientifiques en matière de plomberie, de mécanique et d’électricité font qu’aujourd’hui, il est possible de traiter rapidement presque tous les troubles cardiologiques, voire les prévenir. Aussi, les techniques sont de moins en moins invasives, ce qui permet de réduire les risques et les complications. Ceci a eu pour effet de réduire énormément le taux de mortalité. Mais cette évolution est trompeuse, car les maladies cardiovasculaires demeurent la principale cause de mortalité. »

« Nous nous trouvons en outre aujourd’hui dans une situation où la technologie permet de réaliser beaucoup de choses, mais en raison du coût croissant de cette médecine, nous arrivons aux limites des possibilités que nous offre notre système de soins de santé. Par ailleurs, le vieillissement de la population fait qu’au cours de la prochaine décennie, les besoins en soins médicaux vont également fortement augmenter. Les maladies cardiovasculaires joueront certainement un rôle important dans l’augmentation de ces besoins. »

 

Quelle est la meilleure approche à adopter ?
 

P. B. : « Nous devons changer le concept de notre médecine. Malheureusement, à ce jour, la Belgique ne dispose toujours pas de plan en matière de médecine préventive, et, à quelques exceptions près, celle-ci n’est donc pas remboursée. La cardiologie ne fait pas exception. Concrètement, les enfants de 12 ans devraient systématiquement faire l’objet d'un dépistage pour identifier, entre autres, toute malformation cardiaque. Plus tôt un problème est identifié, plus il pourra être résolu rapidement, facilement et à moindre coût. »

Dès le plus jeune âge il est primordial de miser sur la prévention, l’amélioration du mode de vie, l’adoption d’une alimentation saine, et surtout lutter contre le tabagisme.

« L’hérédité joue un rôle important dans bon nombre de maladies cardiovasculaires. Ainsi, si vous avez des antécédents familiaux de maladies cardiovasculaires, vous aurez également plus de risques d’y être confronté(e). Ainsi, un dépistage rapide chez les enfants présentant un risque élevé de maladies cardiovasculaires nous permettra donc également de mettre en place des traitements plus efficaces et moins chers. Souvent, tout commence par un changement de mode de vie. »

 

Que faut-il faire concrètement ?
 

P. B. : « Premièrement, il importe de ne jamais fumer. Le tabagisme contribue non seulement à l’apparition d’une multitude de cancers, mais également de maladies cardiovasculaires. Fumer est donc la chose la plus stupide que vous puissiez faire pour votre santé. Pourtant, de plus en plus de jeunes fument. Souvent, les filles fument par exemple pour garder la ligne, mais pour cela, mieux vaut adopter de meilleures habitudes alimentaires. Ces dernières permettent aussi de réduire le risque d’obésité, de diabète, d’hypertension et de maladies cardiovasculaires plus tard dans la vie. Nous devons absolument sensibiliser les enfants dès l’âge de 12 ans, car, souvent, c’est à cette période qu’ils changent d’école, qu’ils se font de nouveaux amis et qu’ils fument leurs premières cigarettes. »

Concrètement, les enfants de 12 ans devraient systématiquement faire l’objet d'un dépistage pour identifier, entre autres, toute malformation cardiaque.

« Il faudrait vérifier avec ces enfants de 12 ans s’ils ont des antécédents familiaux de décès précoces. Si oui, ces personnes fumaient-elles, présentaient-elles un surpoids ou ne pratiquaient-elles pas suffisamment d’activité physique ? Car ces facteurs ont probablement joué un rôle. Un autre bon exemple est celui de Vincent Kompany. En plus d’être un bon joueur de football, il entretient un mode de vie très sain. Johan Cruijff était également un bon joueur de football, mais il fumait. À 44 ans, il a dû subir un pontage, avant de succomber, à 69 ans, d’un cancer du poumon. Le sport n’est donc pas suffisant pour se protéger des effets néfastes du tabagisme. »

« Malheureusement, à l’heure actuelle, en Belgique, moins de 1 % du budget alloué aux soins de santé est consacré à la prévention. Ce n’est bien entendu pas suffisant et il faut absolument augmenter cette part. Souvent, on pense que les coûts seront trop élevés, mais l’inverse est vrai. La prévention permet de réaliser des économies, car elle vise à ce que les individus puissent vivre plus longtemps en bonne santé. Elle permet d’améliorer la qualité de vie, mais aussi de diminuer les coûts pour le secteur des soins de santé. Dès le plus jeune âge il est donc primordial de miser sur la prévention, l’amélioration du mode de vie, l’adoption d’une alimentation saine, et surtout de lutter contre le tabagisme. »

 

Quelle est la médecine préventive idéale selon vous ?
 

P. B. : « Dès la naissance, un électrocardiogramme devrait être réalisé. À 6 ans, au début de l’enseignement primaire, un deuxième électrocardiogramme devrait être effectué, de même que des examens ophtalmologique, dentaire et ORL. À 12 ans, outre les examens préventifs susmentionnés, il convient également d’informer ces jeunes au sujet d’une alimentation saine, du tabagisme, de la consommation de drogues, etc. À 18 ans, on change à nouveau d’établissement d’enseignement et la puberté touche à sa fin. C’est donc le moment idéal pour à nouveau informer les jeunes, en plus de suivre leur mode de vie et leur état de santé. »

« Enfin, à 24 ans, en plus d’un examen du cœur, il faudrait également réaliser une première analyse sanguine pour évaluer le taux de cholestérol et de sucre. Aujourd’hui, la plupart des individus dans la quarantaine n’ont jamais passé ces examens, mais il est alors trop tard. Mieux vaut donc effectuer ces examens dès 24 ans, avant que des troubles apparaissent. »

 

Comment serait-ce envisageable ?
 

P. B. : « La TVA sur les frais médicaux doit être supprimée. Aujourd’hui, nous payons 6 % de TVA sur les implants. Pour les appareils utilisés à des fins d’examen et de traitement qui ne sont pas implantés dans l’organisme, la TVA s’élève à 21 %. C’est digne d’une taxe de luxe. Pourtant, la maladie n’a rien de luxueux. En supprimant la TVA, nous pourrions déjà économiser 21 % des coûts des dépistages de prévention. »

« Nous devons également procéder à une refonte de l’ancien système, pour que les patients atteints d’un problème puissent être vus au plus tôt par le bon médecin. Selon qu’un patient soit concerné par des problèmes cardiaques, un infarctus du myocarde ou un problème au niveau des valves, il devra respectivement se rendre au plus tôt chez un cardiologue, un spécialiste de l’infarctus ou un chirurgien cardiaque. En faisant directement appel au bon médecin, nous pourrions éviter de nombreux coûts et de nombreux problèmes ».