« Les infarctus cardiaques touchant une quantité importante de muscle du cœur engendrent une chute significative de la tension artérielle. Dans certains cas cette tension artérielle trop basse entraînera une mauvaise irrigation des autres organes du corps, aboutissant à leur dysfonctionnement, voire au décès du patient. »

Certains médicaments cardiovasculaires peuvent-ils être utilisés en réanimation pour y remédier ?

Antoine Herpain « En effet et ces médicaments puissants vont accentuer des réflexes de notre corps, tout à fait normaux et souhaitables, qui stimulent le système cardiovasculaire afin de perfuser à nouveau les organes de manière satisfaisante.

L’ivabradine, un médicament actuellement en phase de test, pourrait être une solution adéquate en cas d’infarctus cardiaque.

Mais certains patients impactés voient ce traitement de réanimation et ces réflexes salvateurs devenir potentiellement néfastes à leur tour, car ils entrainent une tachycardie, parfois excessive. Un cœur qui bat trop vite s’essouffle sur le long terme, à force de trop travailler tout en ayant peu l’occasion de se remplir à nouveau en sang oxygéné entre chaque battement. Cette réaction de tachycardie n’est pas remise en cause lorsqu’il s’agit d’un réflexe transitoire du corps susceptible de sauver la vie d’un patient souffrant d’hémorragie, mais pour un infarctus, le contexte est différent, vu la durée du phénomène et la fragilité du cœur malade. »

Quel est le but de vos recherches en cours ?

A. H. : « L’ambition est de désacraliser cette tachycardie devenue excessive. L’ivabradine, un médicament ralentissant uniquement la fréquence cardiaque, sans aucun effet secondaire significatif ni altération de la qualité de la contraction du muscle cardiaque, pourrait donc représenter une solution adéquate.

Actuellement en phase de test sur des modèles animaux, ce médicament présente un avantage en termes d’équilibre cardiaque, en assurant une bonne perfusion du cœur et en ralentissant d’environ 30 % le travail du muscle cardiaque. La charge de travail se trouvant donc réduite, on constate un rééquilibrage de la consommation cardiaque en oxygène et une meilleure contraction cardiaque à chaque battement, sans compromettre le traitement de réanimation en soi. »

L’ivabradine présente-t-elle une bonne sécurité d’emploi ?

A. H. : « Ce médicament est particulièrement attractif à ce niveau : déjà approuvé et utilisé dans d’autres circonstances par les cardiologues, il ne réduira la fréquence cardiaque que dans le cas d’une tachycardie. Si le rythme cardiaque est normal, il est virtuellement impossible d’induire un ralentissement pathologique. Une sorte de filet naturel empêche d’aller en dessous d’une certaine valeur de fréquence cardiaque. »