Les explications de Sigrid Brisack, Directrice de l’ASBL Aidants Proches.
 

Comment définissez-vous le rôle de l’aidant proche ?

« L’aidant proche est une personne qui apporte son aide, quotidienne ou régulière, à un proche malade ou en perte d’autonomie. Chaque situation est unique et cette aide varie d’une situation à l’autre. Elle peut impliquer un soutien au niveau de la gestion administrative, des soins, de la toilette, ou toute autre prise en charge du proche. »

 

Quelles difficultés l’aidant proche rencontre-t-il au quotidien ?

« À nouveau, tout dépend de l’aide apportée à son proche. Mais de manière générale, les difficultés peuvent être professionnelles, sociales, financières ou bien entendu liées à la santé. Il peut être très difficile de concilier le travail et l’aide à apporter à la maison. Les difficultés financières sont également fréquentes, si l’aidant doit arrêter de travailler ou doit travailler moins, les revenus du ménage diminuent. »

La loi de reconnaissance de l’aidant proche de 2014 est une coquille vide : elle n’instaure aucun cadre ni aucun soutien concret les concernant.

« En outre, au moment du calcul de la pension, cette personne est une deuxième fois pénalisée puisque les années qu’elle aura passé à épauler son proche ne seront pas comptabilisées dans sa pension. Au niveau de sa santé, l’aidant peut souffrir de stress, d’anxiété, de troubles du sommeil, … Il n’est d’ailleurs pas rare, dans le cas de couples âgés, que l’aidant finisse par développer une pathologie plus importante que son proche. »

 

Au niveau légal, existe-t-il un statut pour soutenir l’aidant proche ?

« En juin 2014, la loi de reconnaissance de l’aidant proche a été publiée au Moniteur Belge. Elle identifie l’aidant proche comme étant une personne apportant une aide à quelqu’un en situation de grande dépendance de façon régulière et/ou continue et avec l’aide d’un professionnel. Mais cette loi est une coquille vide : elle n’a pas été suivie de la publication d’arrêtés royaux, n’est donc pas mise en application et aucun cadre concret n’a été instauré. Certaines mesures ont été prises : les congés thématiques et crédits temps ont été remaniés et allongés, des dispositions pour les aidants proches indépendants ont été prises, etc. Mais globalement, les soutiens concrets impliquant l’ensemble de la population belge sont assez rares. »
 


 

Est-ce que l’aidant proche est suffisamment reconnu par les professionnels de la santé ?

Nous cherchons à sensibiliser la société dans son ensemble à une thématique qui est susceptible de toucher tout un chacun.

« La terminologie « aidant proche » est bien comprise et reconnue des professionnels de la santé et de l’accompagnement. Toutefois, nous craignons qu’ils aient tendance à considérer l’aidant essentiellement comme un garant du traitement plutôt que de lui donner une attention particulière dans cette prise en charge quotidienne. Il faut comprendre que l’aidant, tout comme le proche, est impacté par une situation qu’il n’a pas du tout choisi. C’est à cette réalité que nous tâchons de sensibiliser les professionnels. Nous voulons les pousser à prendre de ses nouvelles, voir s’il s’en sort, s’il a besoin d’un relais ou soutien particulier. »

 

Justement, quel est le rôle de l’ASBL Aidants Proches dans cette vision ?

« Avant tout, nous veillons à amener les aidants à reconnaître eux-mêmes la place que prend cette aide dans leur vie et à prendre du recul vis-à-vis de cette situation. En ce qui concerne les professionnels, nous essayons de les encourager à être davantage attentifs à l’aidant. Nous tâchons aussi de sensibiliser les politiques pour qu’ils mettent en place des protections légales, qu’ils favorisent le développement de services d’aide à domicile, des services de répit court-terme, long terme, ainsi qu’un soutien local au niveau communal. Globalement, nous cherchons à sensibiliser la société dans son ensemble à une thématique qui est susceptible de toucher tout un chacun, afin d’apporter un soutien et une attention concrète à ces aidants. »